Un débat public plus serein
Concerne aussi : Gouvernance, Communication
Genève en 2061
En 2061, le débat public à Genève est serein, structuré et fondé sur les faits. Les politiciens ne se combattent plus pour le plaisir de se combattre : ils travaillent ensemble pour les gens qui les ont élus. Les partis politiques en tant que tels ont complètement disparu. Des quartiers de quelques milliers d’habitants prennent de nombreuses décisions par consentement, comme le fait un bon partenariat, et transmettent ce qu’ils ne peuvent pas régler eux-mêmes. Les médias rendent compte de ce qui compte, y compris de ce qui va bien, et les affiches électorales n’encombrent plus les rues.
Même si Genève semble être un bon endroit aujourd’hui, il y a encore plein de négativité, de maladie, de laideur et de corruption ici aussi. Lisez un journal, ou allez simplement dehors regarder dans les rues et écouter les gens.Grooters, Livre 1, Partie 16 « 2061 »
Genève aujourd’hui
Près de la moitié de la population suisse ne suit presque plus l’actualité
En 2025, 46,4 % de la population faisait partie des personnes « privées d’information » : elles consomment peu ou pas d’actualités, et quand elles le font, c’est surtout via les réseaux sociaux. Elles en savent moins sur les questions politiques et sociales, font moins confiance à la politique et aux médias, participent moins à la vie politique et se sentent moins liées à la société démocratique.
Source : Centre de recherche sur le public et la société (fög), Université de Zurich, Annuaire Qualité des médias 2025
- La part des personnes privées d’information ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années, tandis que les réseaux sociaux deviennent la principale source d’information pour de plus en plus de gens (même source).
- Seules 22,5 % des personnes en Suisse étaient prêtes à payer pour l’information en ligne en 2025, ce qui rend les médias dépendants de la publicité et de titres qui attirent les clics (même source).
Là où c’est déjà fait
- Pictet, à Genève, est dirigée depuis 1805 par un petit groupe d’associés gérants, sept aujourd’hui, qui se réunissent en personne trois fois par semaine. Chacun dispose d’une voix, et pourtant ils ne votent jamais : ils discutent et pèsent les options jusqu’à ce que tous soient à l’aise avec la décision. Pour grandir sans ralentir, Pictet a ajouté 42 associés-actionnaires qui jouent le rôle de groupe de réflexion, sans droit de vote.
- L’Ostbelgien, la Communauté germanophone de Belgique, dispose depuis 2019 d’un Conseil citoyen permanent de 24 habitants tirés au sort. Le conseil choisit des thèmes, des panels citoyens tirés au sort en débattent avec l’aide d’experts, et le parlement doit examiner leurs recommandations deux fois dans l’année. Parmi les résultats : une interdiction totale des smartphones à l’école en 2025.
- Taïwan utilise une plateforme en ligne où chacun vote sur les propositions des autres sans pouvoir y répondre, ce qui décourage les trolls. La plateforme montre où les groupes sont d’accord, et les participants rédigent alors des propositions qui rassemblent au-delà des clivages. Sur la réglementation d’Uber, les camps pour et contre se sont rejoints autour de sept propositions approuvées presque à l’unanimité, qui ont façonné les nouvelles règles. Sa faiblesse : le gouvernement n’est pas tenu d’en suivre les résultats.
A Pattern Language
Patterns liés, tirés du livre A Pattern Language de Christopher Alexander et ses collègues (1977), un classique de l’architecture et de l’urbanisme.
- 12 Community of 7000: Alexander et ses collègues estiment que les individus n’ont plus de voix réelle dans des communautés bien plus grandes qu’environ 5000 à 10 000 personnes, et qu’une ville devrait donc être formée de communautés autonomes d’environ 7000 habitants, chacune dotée d’un véritable pouvoir de décision.
Où en sommes-nous ?
Front de la recherche Personne ne sait encore comment faire. Avec 35 ans devant nous et l’aide de l’IA, c’est là que la recherche est le plus nécessaire.
Le chemin vers 2061
Étapes proposées pour la discussion.
- 2027geneve2061.ch et d’autres plateformes présentent les questions publiques avec les faits, les sources et les options côte à côte, comme base d’un débat structuré.
- 2031Genève teste un conseil citoyen permanent tiré au sort, comme en Ostbelgien, et utilise des outils en ligne qui mettent en avant les propositions soutenues au-delà des clivages politiques.
- 2041Des quartiers de quelques milliers d’habitants prennent leurs décisions locales par consentement, et les affiches électorales ont disparu de l’espace public.
- 2051La coopération entre toutes les sensibilités a remplacé la lutte entre camps politiques. Les partis politiques ont complètement disparu.
- 2061Le débat public à Genève est aussi serein que la ville elle-même.
Ce qui la fait avancer
Les besoins humains qu’elle sert
Questions ouvertes
- Comment un modèle de consentement qui fonctionne pour sept associés peut-il fonctionner pour une ville entière ?
- Comment financer un journalisme de qualité sans dépendre de titres négatifs pour vendre ?
- Comment donner aux citoyens une influence réelle, pour que les résultats de leurs délibérations ne soient pas simplement ignorés ?
Sources
- Université de Zurich : la privation d’information progresse, avec des conséquences pour la démocratie, à propos de l’Annuaire Qualité des médias 2025 (octobre 2025, en anglais)
- Pictet : Marc Pictet, la banque et le modèle de partenariat, entretien (juillet 2026, en anglais)
- Carnegie UK : étude de cas délibérative, le modèle de l’Ostbelgien (juillet 2026, en anglais)
- MIT Technology Review : le système simple mais ingénieux que Taïwan utilise pour élaborer ses lois avec les citoyens (août 2018, en anglais)